Allez au contenu, Allez à la navigation, Allez à la recherche, Changer de langue

Ms107 Bréviaire de Renaud de Bar

Ms107 Bréviaire de Renaud de Bar

mardi 26 février 2013 - Lecture du Passé

Notre bibliothèque, très connue des chercheurs français et étrangers, doit sa réputation à ses manuscrits médiévaux.
Depuis le IVè siècle, Verdun est un évêché. Entre le Xe et le XIIe siècles Verdun connaîtra son âge d’or. De nombreuses abbayes sont créées : trois abbayes bénédictines, deux collégiales et une abbaye de Prémontrés. Ces créations vont être très nombreuses aussi  aux siècles suivants :en 1219 Saint- Nicolas- des- Près, en 1222 les Dominicains et les Frères Mineurs, en 1310 les Augustins, en 1575 les Minimes, en 1585 les Capucins et en 1570 les Jésuites. Les Récollets remplaceront les Cordeliers en 1602.
L'importance du clergé dans la ville est un trait majeur de notre histoire.
Le nombre exceptionnel d' établissements ecclésiastiques explique l'importance du fonds de Verdun.

Les manuscrits médiévaux viennent pour la plupart de Saint-Vanne. Cette abbaye rayonnait dans tout le nord-est et possédait une bibliothèque renommée.
Le plus vieux document qu'elle nous a légué date du début du IXè siècle. Ce De Trinitate (ms 67) est quasiment contemporain de son auteur Alcuin [v 735 - 804], "ministre de la culture" de Charlemagne. Nous possédons 2 autres manuscrits carolingiens . 
C’est grâce à un chercheur que nous connaissons les manuscrits de du XI siècle . 13 datent du vivant de Richard de Saint-Vanne (1004-1046).
Certains portent les colophons des scribes. 3 scribes sont identifiés : Rodolphus (BN), Albricus (Ms 2) et Rothardus (Ms 24, Ms 50, Ms 75). 

Pour le XIIè siècle, c'est incontestablement un manuscrit anglais qui vole la vedette. Cet ouvrage, le plus ancien manuscrit enluminé des Méditations de saint Anselme (ms 70), possède une peinture en pleine page très souvent reproduite : Il s'agit de la remise des clés à saint Pierre.

Tous les manuscrits précédemment cités sont numérisés et accessibles sur internet sur le lien suivant:
> Galerie numérique

Le XIIIè siècle nous offre un recueil des traités de Grosseteste (1168-1253) avec différentes représentations du cosmos qui sont toutes de véritables petits chefs d'oeuvre. La fraîcheur des couleurs, l'extrême finesse des fonds d'or, les très décoratifs pieds de mouche donnent à ce manuscrit une place privilégiée dans la bibliothèque.
Le missel de Saint-Vanne(ms 96) avec sa peinture en pleine page sur fond or représentant le Christ en croix est aussi un représentant majeur de ce siècle .
Cette abbaye nous a légué environ 65 manuscrits. 

L'abbaye Saint-Paul, de l'ordre des Prémontrés, nous a également laissé de très importants manuscrits, parmi eux l'unique exemplaire français connu de la lettre de Guillaume de Saint-Thierry , ami de saint Bernard. De part sa date (1180), il est l'un des plus anciens manuscrits français qui soit conservé (ms 72).
Citons encore comme manuscrit remarquable le Pontifical de Guillaume de Honstein, de 1514 (ms 90), qui comprend de très nombreuses initiales sur fond or guilloché avec développement marginal de rinceaux et de représentations de fleurs.
Du scriptorium de la cathédrale peu d'ouvrages nous sont parvenus, car le 28 Novembre 1793, ils furent transportés et brûlés sur la place de la Roche.
Peu de documents échappèrent à l'autodafé. Fort heureusement le cartulaire (ms5) et le nécrologe (ms6) ont été conservés. Ils sont aujourd’hui accessibles sur internet.
L'information qu'ils apportent est capitale pour la connaissance de l'organisation de l'Eglise et la composition de la société.
Le cérémonial (ms82) de la cathédrale composé de quatre énormes volumes donne une description détaillée et rigoureuse de l’organisation des cérémonies de la cathédrale.  

On attribue aussi à la bibliothèque de la cathédrale le pontifical de Nicolas Psaume ( ms 91), évêque très connu pour sa participation active au Concile de Trente .et pour sa lutte incessante contre le protestantisme. Ce manuscrit possède douze peintures en demi-page. La représentation de l'Ascension avait disparu. Fortuitement retrouvée chez un Verdunois, elle a été remontée en 1977 par l'atelier de restauration de la Bibliothèque nationale. Ce manuscrit est numérisé.

Curieusement, nous ignorons où était conservé l'ouvrage le plus célèbre :  le Bréviaire de Renaud de Bar(ms 107). Considéré comme l’un des grands chefs d’œuvre de la peinture gothique occidentale, ce manuscrit a été enluminé à Metz vers les années 1302-1304. Il a été commandité par Marguerite de Bar, abbesse de l’abbaye Saint-Maur de Verdun pour son frère Renaud de Bar, futur évêque de Metz (1303-1316). 
Le manuscrit à l’usage de Verdun comme le montre le calendrier , a dû être commencé en 1302, Renaud étant alors prévôt de la collégiale de la Madeleine, et son exécution se poursuit après l’élection de Renaud comme évêque de Metz en 1303. Il est toutefois inachevé.
On peut le déplorer, mais ceci permet de découvrir toutes les étapes de la confection d’un manuscrit : texte seul, esquisse au crayon avec indication des initiales à réaliser (lettre d’attente), pièces musicales inachevées, intégralité du dessin.
Mais ce qui fait la célébrité de ce manuscrit, ce sont les « marginalia » ou drôleries, soit le décor des marges.
Ce monde des marges est d’une créativité incessante. Ici tout peut arriver : le lapin tient en laisse le chien, renverse le chasseur, le singe sonne la cloche, le lion joue d’un instrument et des animaux fantastiques   en grand conciliabule. On n’est jamais au bout de ses surprises.
Ce bréviaire a dû suivre Renaud de Bar à Metz mais comme pour son missel (ms98) nous ignorons dans quelles circonstances il est revenu à Verdun, ni où il était exactement conservé.

La partie d'hiver de ce bréviaire est conservée à la British Library. Il a été vendu au XIXè siècle.

 

Les Manuscrits musicaux

La deuxième raison de saluer ce fonds est l'importance des manuscrits musicaux. Verdun a été baptisée "Capitale lorraine du chant lotharingien".
En 2008, monsieur Christian MEYER, chercheur au C.N.R.S et  musicologue publie un ouvrage qui souligne et démontre l’importance de la collection de Verdun.  
Ces  48 documents, formant un tout important et cohérent, qui offrent aux chercheurs un vaste champ d'investigation allant du IXè au XVIIIè siècle.
Le fonds musical de Verdun serait le troisième fonds français, mais Verdun est la seule bibliothèque en France à avoir conservé in situ les manuscrits des abbayes  et principalement celle de Saint-Vanne.
Tous ces manuscrits ont été numérisés.

 

D’heureuses retrouvailles

 Mais les confiscations révolutionnaires ne nous ont pas permis de retrouver tous les manuscrits. Certains se sont à ce moment là « volatilisés ».
Le hasard nous a permis d’en retrouver deux.
En Juin 1991, à New-York un livre d’heures à l’usage de Verdun était vendu chez Christie's. Après vérification, il était confirmé qu’il était unique et le seul à ce jour ( ms 898).
Avec l'aide du Ministère de la Culture, la ville peut acquérir l'ouvrage. Sa reliure a été restaurée par un spécialiste.
Deux enluminures en pleine page demeurent : l'Annonciation et l'office des morts. De nombreuses initiales ornées sur fond or guilloché enrichissent le document.
Ce manuscrit avait été acheté en 1922 à Verdun par un Américain, dont le décès a entraîné la dispersion de sa bibliothèque.
Initialement propriété d'un apothicaire de Verdun, puis du couvent des Carmélites, il disparaît à la Révolution. De 1792 à 1922, il appartenait à un particulier. 
Cette aventure a initié une nouvelle politique d'acquisition. Depuis, tous les documents d'intérêt local sont systématiquement acquis.
En mai 2009 l’Homéliaire et Ordinaire (ms 907) de l’Evêque de Verdun Jean d’Apremont  (1220) était vendu à Drouot. La Codecom de Verdun avec l’aide de l’Etat se porte acquéreur . Il est venu enrichir le fonds de la bibliothèque.

 

Un héritage historique précieux

Les manuscrits médiévaux sont les joyaux de notre héritage historique, ils appartiennent au patrimoine européen très envié et très connu outre Atlantique.
 Ce panégyrique paraît peut-être élogieux pourtant il décrit encore bien sommairement un fonds d'une rare qualité. 
 Ils méritent tous nos soins et la plus grande vigilance, afin que dans les siècles à venir les générations futures puissent toujours les admirer et surtout les étudier.C'est  pourquoi en 2011 un vaste programme de numérisation a été lancé. A ce jour 65 manuscrits sont numérisés et accessibles sur internet.